Une chanson d'un groupe trentenaire : Lilllian Axe. Attention, nous entrons dans les limbes des groupes inconnus … qui mériteraient de le rester rajouteraient certains.
Oui sauf que là … pépite
Le chercheur de son que je suis devenu est de plus en plus découragé et blasé par la production actuelle. Quel renouvellement ? Quelle fraîcheur ? Quelle créativité ?
J'aimerais tellement connaître un nouvel âge d'or comme la First ou New wave of british heavy metal et dire dans 20 ans j'y étais !
Plus modestement et résigné, maintenant je n'aurais voulu qu'un petit frisson, un ultime shoot d’adrénaline. Le complexe du chercheur d'or est entier contenu dans cette quête sans fin, inépuisable de trouver ce qui brillera tellement à ses yeux qu'il aura l'impression que cet éclat vient de son propre être. Mais comme lui, je suis en train de m'égarer ici ...
Lilllian Axe : connu des fins limiers, me renvoie à mon inculture et me redonne la fraîcheur de mes années adolescentes.
Lilllian Axe qui après une période de léthargie prolongée venait de produire 4 albums en 5 ans, voit son chanteur le quitter, encore une fois. Le sort s'acharne à vouloir l'enterrer définitivement dans l'age d'or passé. Mais, ils persistent et trouvent un nouveau chanteur : Brian Jones (ô combien musical comme patronyme). Ce dernier m'a bouleversé par son interprétation délicate et ses lignes vocales légères, complexes et pourtant si évidentes.
Soul disease ou comment chambouler une âme dans une construction musicale si mathématique et un schéma si metal au carré. Décidément, j'adore les paradoxes.
Lancez cette chanson et courrez le risque comme moi de l'écouter près de 200 fois successives.
La chanson prend son envol dès les premières secondes avec une batterie pétaradante et un riff de guitare annonçant la couleur. La voix ensuite prolonge cette glisse aérienne et nous donne l'envie de ne plus le regarder la tête en l'air mais d'avoir les ailes pour se libérer d'une gravité bien trop sérieuse et conventionnelle :
Cours, cours loin de la voie sur laquelle nous sommes
Mais ce n'est pas la folie d'un System of a down dont il est question. La proposition de Lilllian Axe semble tout à fait logique quand on y réfléchit bien :
les guitares saturent l'air de notes successives dans une introduction organique, si néo-classique : un Bach des temps modernes prolongé par une voix : plus qu'une explosion, une longue décharge spinale qui fait convulser tout le corps mais ne le fait pas chuter, bien au contraire ! Qui lui donne l'énergie de lévitation : le corps penché vers le ciel.
alors que je te regarde voler avec la plus grande des facilités
Et que tu puisse relever n'importe quel royaume où que tu sois
et je regarde cela à la fois effrayé et émerveillé
par une telle grâce mélodieuse et du mouvement spiral
Curieux, révélé, transcendé par une telle écoute qui transporte, transperce et ouvre de nouvelles perceptions
ne me laisse pas
tu peux guérir cette maladie de l’âme que j'ai :
la confrontation de la logique gravitaire linéaire du quotidien à l'ondoiement de vagues d'imagination si colorées, croisées, tourbillonnantes, ascendantes qui veulent m'emporter.
Cette demande est presque une supplique, une longue plainte qui veut s'étirer dans l'espace pour que l'on n'entende qu'elle ...
Une respiration nécessaire avec tant d'émotions euphoriques qui deviennent étouffantes
rejette ce monde que tu méprises
et nous renaitrons au-delà
et repart dans ce ciel si bleu, si plein, si complet … et pourtant si loin
alors que je te regarde voler avec la plus grande des facilités
Et que tu puisse relever n'importe quel royaume où que tu sois
quelle conclusion ce soir, sans ciel ? Une nostalgie ? Une révolte ?
Encore rationaliser ? Sur la forme au moins (en alexandrins) et laisser enfin, tout lâcher sur le fond et sur la fin ...
… face à la nuit
attendre, attendre, que le pourpre disque
s'étouffe de cendres, en neige d'astérisques
Entendre, entendre, le silence lentement
s'étendre, s'étendre, en larmes et brusquement
comprendre, comprendre cet ordonnancement
tout fendre, tout fendre, l'armure murmurant
détendre, se détendre si délibérément
pour comprendre, comprendre tout, tout et maintenant
devenir un si vaste trou noir aspirant
celui qui absorbe l'essentiel débarrassé
des bruits parasites traîtres et disperseurs
dans la perfection de ce moment inspirant
ou tout un royaume se met en place entassé
dont je suis le maître sans partage ni assesseurs ...
… la fin est un château de cartes et de fatigue
où tout se brouille, s'évase
il s'agit d'une lutte de perfection, d'une conquête de sens
ne plus compter,
il s'agit de se rassurer ...