Jeudi 7 août 2008 4 07 /08 /Août /2008 22:59

Le choix d'une chanson d'Iron Maiden relève du sacrifice.

Mais ici, le thème, l'élan, la force de ce monument du metal me portent au-delà de toute tragédie.

 

Pilier de l'album mythique The Number of the Beast : album que fit une réputation aussi sulfureuse qu'infondée de satanisme à ce groupe que nous pouvons qualifier aujourd'hui de "bon enfant".

Certes, dans le contexte de l'époque, se référer au Diable soufflait toujours un parfum de souffre sur la société et ses bonnes mœurs. Et la chanson se terminant par Hallowed be thy name "Que ton nom soit sanctifié" : extrait du Notre Père apporte le trouble sur le narrateur qui parle à la première personne.

 

Tonton Steve Harris raconte nous une histoire.

J'ai donc choisi logiquement (et encore) une version live. J'ai hésité à prendre celle de la tournée '82 du Maiden Japan (je crois) : la tournée de l'album et de la chanson en question, qui est vraiment très épurée. J'ai pris le mythique Live after Death et je m'en expliquerai.

 

 

Le bassiste et fondateur du groupe nous fait suivre un condamné à mort le matin de son exécution, ses doutes et peurs sur ce qui l'attend.

Tout est ensuite dans l'interprétation.

Qui a dit que le hard rock était un genre musical où l'on ne parlait que de filles et de bières ?

Moi, peut être... Oui et alors ?

 

Ici, le précurseur et principal représentant de la New Wave of British Heavy Metal, nous livre tout entier une prestation inventive et passionnée.

Avec une construction de chanson au service du texte, loin des standards couplet / refrain, Maiden nous entraine à vivre cette histoire avec le narrateur.


Toute la première partie lente du morceau nous fixe le cadre de détention, la torpeur et la fatigue de sentir la mort si loin et si proche à la fois. J'en connais les paroles par cœur et la peau qui frissonne à chaque fois.

Sa mélancolie se prolonge en une note chantée infinie sur laquelle le rythme s'accélère alors que l'accomplissement de la sentence se rapproche. Mais, le narrateur ne veut pas l'écouter. Je ne veux pas savoir ce qui m'attend.

Si le temps semblait ne plus s'écouler. Si notre jeunesse semblait insouciante. Si nous pensions être des immortels que rien ne pouvait atteindre, le châtiment final nous rattrape.

Et je regarde une dernière fois ce monde qui a tourné très mal pour moi, nous dit-il en substance (et même en paraphrase).

Dans ces derniers instants, on ne réfléchit plus. On refuse, on veut vivre, aller de l'avant. Juste s'échapper, pour continuer comme avant. Mais on ne peut pas. Et c'est plus qu'une impression.

J'aimerais qu'il y ait cette erreur de croire que ce n'est pas pour moi que l'on vient. Mais tout cela nous attend.

Alors Bruce Dickinson, dans cette partie, au chant, se démène, se déchaîne, refuse ce destin, ce chemin imposé. Tel un pantin désarticulé, il s'agite, lève les bras au ciel.

Encore un rêve fou que de se voir mourir ? Alors que le fou qu'il se révèle être devant nous, est bien celui qui dénie l'aboutissement.

 

Cette voie tracée, ce riff déroulé et ces chœurs repris sur cette mélodie ternaire chère au groupe, cyniquement et aujourd'hui presque stupidement, nous révèle que Non, il n'y a pas d'autres issues. Cela parait tellement évident aujourd'hui !

 

Et il termine en s'adressant à nous auditeurs et témoins de sa déchéance lui anonyme, lui dont aucun crime n'est nommé sinon celui d'exister :

Lorsque vous comprenez que le temps tient dans votre main

Peut être commencez vous à comprendre

Que la vie ici bas est juste une étrange illusion.

 

Le choix de l'interprétation n'est pas neutre. Certes, elle n'est certainement pas la plus enlevée, mais elle reste symbolique :  extraite du Live After Death, le premier disque live du groupe. Son premier témoignage d'un véritable groupe de scène. La plus belle des pochettes de Derek Riggs.

La vie après la mort. Pouvoir sur-vivre. Continuer d'exister. Ne pas se laisser abattre. S'effondrer mais se relever. Pour vivre à nouveau.

 

Et je terminerai ainsi par le court poème du fabuleux Howard Philip Lovecraft figurant sur la tombe d'Eddie le mort-vivant, sur la couverture de l'album :

 

"This is not dead

Which can eternal lie

And with strange aeons

Even death may die"

 

Par Croon - Publié dans : Metal way of life
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Mardi 5 août 2008 2 05 /08 /Août /2008 17:50

Soyons vulgaires, soyons populaires. Commentons donc une power ballad. Pas encore du Scorpions. Pas encore mais quand même ...C'est le premier paradoxe, commenter une chanson commerciale.

 

Une chanson que l'on a toujours l'impression d'avoir entendu, une évidence de la nature comme tant d'autres arrivent à nos oreilles et vous sont présentées ici.

 

Le premier paradoxe de cette chanson de Nazareth est que ce n'est PAS une création de Nazareth mais une reprise. Ce sont les Everly Brothers qui ont écrit cette chanson en 1960 (soit près de 15 ans avant !!). (Parenthèse historique qui se veut le gage d'un minimum de sérieux pour un site qui n'en a aucune prétention). Attelons-nous donc à ce monstre.

 

Car en effet, la version originale apparaît particulièrement insipide et évoque très rapidement un 34 tours passé en vitesse 78 tours dont nous pourrions entamer l'écoute attentive sous acide devant une partie d'échec commencée avec un paresseux.

 

 

 

Le texte est ici complètement révisité et transcendé par Nazareth dans une interprétation onirique et titanesque.

Délaissé le minimalisme des années 60, d'une autre version similaire de Roy Orbisson (Pretty Woman).

Ici deux guitares, une basse et une batterie servent d'écrin métallique à une voix ... et quelle voix. Celle de Dan Mc Cafferty. Je reprendrais la citation ô combien délicate trouvée sur un autre site pour décrire "sa voix entre le cri froid et la déchirure claire". http://www.e-medi-a.ch/press/mjf%20saxon%20nazareth.pdf

 

L'amour fait mal et Dan Mc Cafferty, loin des mashmallows en piqûre soporifique des créateurs, pénètre chaque pore de notre peau en autant de petites aiguilles hargneuses.

Cette voix papier de verre si caractéristique d'un hard rock très moderne pour l'époque étend cette complainte en une totale déchirure de l'être. Elle ne prend que l'essentiel, les émotions et tous nos sens et les érafle, les irrite, les lacère et jette en des cris de loup en fin de refrain, de larges lampées de jus de citron salé (c'est trop poétique ça, je devrais moi aussi écrire des chansons ...).

 

Nazareth est un monument oublié des années 70. Le petit poucet oublié dans la forêt du grand hard rock de cette époque où l'on ne retient que Deep Purple, Black Sabbath et Led Zeppelin.

 

Ce groupe écossais a pourtant tout pris et compris : le pachydermisme de la Messe Noire, le psychédélisme du grand ballon et les premiers extrémismes du Poupre Profond. Mais, il a su aussi et surtout prendre ailleurs que dans la First British Wave Of Heavy Metal. Il a pris du rock sudiste de Lynryd Skynryd, du Big Rock d'Aerosmith. Il a tout pris, tout ingéré, et tout restitué avec Hair of the Dog, Dream On (le sien), Expect No Mercy. Et Love Hurts.

Quel paradoxe alors d'être autant oublié.

Et en même temps, pas étonnant qu'il fasse l'objet de reprises multiples lui-même dont une particulièrement endiablée de Hair of the Dog par les Guns n'Roses (sur le Spaghetti Incident) surpassant presque l'original. (Pour moi il le surpasse mais c'est personnel).

 

Après avoir bien plombé l'ambiance, fait couler quelques larmes de mélancolie avec une grande rasade d'alcool (officiellement c'est mal). Après avoir laissé Nazareth nous envahir d'une ambiance de fin de vacances, de fin d'amour d'été, laissé les première feuilles d'automne tomber, doucement mais inéluctablement, laisser les prendre pour un herbier et finalement les déchirer violemment en criant ...

 

Après tout cela, je terminerai peut être sur une touche plus légère.

Avec une illustration tout autre de cette chanson, au travers de la série Scrubs, sorte de "Parker Lewis ne perd jamais" dans un monde hospitalier.

Dans la séquence qui suit, le héros veut offrir le plus beau premier rendez-vous qui soit (dans l'imaginaire américain soit-dit en passant), à savoir une ballade à cheval sur une plage devant le coucher de soleil.

La demoiselle lui demande alors pourquoi il n'y a pas de selle. Lui répond que ce n'est pas un problème. La chanson commence alors.

 

 

 

 

Décalage et humour seront donc les derniers paradoxes. Mais peut être les seuls et ultimes finalement ...

 

Par Croon - Publié dans : Aux origines
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Lundi 28 juillet 2008 1 28 /07 /Juil /2008 19:12
Dream On d'Aerosmith, leur premier single, l'une de leurs plus connues, et pour moi l'une des chansons les plus émouvantes qui existent. Vous pensiez sérieusement que j'allais écrire sur une polka comique ?!

Power ballade sous influence blues comme elle est décrite. Juste une pépite mélodique.
Je conseille la version originale studio qui retranscrit cette pureté. Mais j'illustre mon propos de la version live (oh oui, nous sommes tous bien vivants) de 1993 avec le regretté Mickael Kamen aux arrangements symphoniques si spéciaux.

Tant le choix de la chanson que de la période de son interprétation sont importantes ici. Une version que j'ai découverte sur la B.O. de Last Action Hero (bande originale très ecclectique et hard rock pour ceux que cela intéresse). Une chanson d'adolescent. Que l'on découvre alors que l'on ne comprenait pas comment on avait pu vivre sans, pensant que Maiden et les Guns étaient les seuls dieux de notre Olympe de jeunesse.



Une petite intro guitare/piano classieuse au possible, sensible et sensuelle.

Revenir à l'origine. Toujours revenir pour comprendre.
Quels sont nos rêves ? Ceux que l'on veut atteindre et ceux qui nous échappent. Ceux que l'on veut vivre et ceux que l'on veut toujours rêver pour espérer.

Comprendre que les années ont passé. Que trop peu de choses ont finalement été écrites.
Vouloir monter comme Steven Tyler dans les sommets. Crier que ces rêves doivent encore continuer d'exister. Et ne pas se faire à une toute autre idée.

Chanter et écouter cela pour vivre. Pour se transcender, comme eux-mêmes s'envolent. Pour ne pas tout balayer d'un revers de manche.

Je ne sais plus qui a dit "la musique est un cri qui vient de l'intérieur" (si en fait je le sais mais j'ai trop honte pour le citer). Mais cela serait une belle conclusion.
Chanter pour les rires / Chanter pour les larmes / chanter pour les années / continuer de chanter ...
pour faire que certains rêves deviennent réalité.

Voilà pourquoi elle a eu du succès cette chanson finalement : parce qu'elle veut nous donner l'espoir de ne pas se résigner : de choisir de vivre et non de mourir.

Et oui, de manière excentrique, diront certains, dans un style Larger than life, ils le réalisent ici, sur scène.
Mais ils font réver l'ado qui est en nous : c'est à dire l'enfant qui a compris que le Père Noel n'existait pas, qui a appris à lire l'heure et qui voit le temps passer mais qui a envie de sa petite minute d'éternité, de sa petite chanson d'éternité : quatre ou cinq minutes de rêve.

Mesdames, Messieurs, laissez filer la chanson qui n'est pas terminée, qu'elle vous parcoure de frissons. Qu'elle électrise tout votre épiderme jusqu'aux larmes.

Voici mon shoot de nostalgie. Dream On !!

Par Croon - Publié dans : Aux origines
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Vendredi 18 juillet 2008 5 18 /07 /Juil /2008 16:13

Tout homme est une île. Je ne sais plus où j'ai entendu cette absurdité.

Tout homme est indépendant. S'autosuffit. N'a besoin de personne. Détermine sa destinée.

 

Mistreated. J'aurai dû savoir que je ne pouvais écrire d'autres chroniques si je n'écrivais pas celle-ci. Celle qui roule dans ma tête depuis le début du mois de juin. Celle qui m'a tourné en derviche tourneur ivre.

Une chanson de Deep Purple. Attention par le Pourpre Profond original. Pas celui de Smoke on the water : le Riff ultime.

La version David Coverdale - Glenn Hughes en remplacement de Ian Gillan - Roger Glover respectivement voix et basse.

 

Cette chanson est décrite comme étant une "ballade". J'avoue ne pas avoir compris cette classification. Peut être le solo central de Blackmore lui donne-t-elle cette touche de romantisme. Mais en réalité, elle est tout autre chose, bien plus que cela.

Aux puristes, je l'annonce tout de go, je vais commettre un crime de lèse-majesté en conseillant plutôt la version du "live in the heart of the city" de WhiteSnake, plus épurée. Mais je vais garder les images de la version originale du "live at the California Jam Festival" qui montre surtout l'intensité de Coverdale.

C'est en tout les cas une chanson de live. Qui doit vivre.

 

 

Passée rapidement l'intro, c'est un cri retenu, une plainte simple et claire. Deux notes et un coup de masse sur les fûts.

Maltraité.

 

Quoi ?!

Cet homme "viril" au micro, le chanteur de cette horde masculine, lui, a été maltraité ? (je rigole doucement)

Jeté ?

Abusé ?

Confus ?

 

Et pourtant, ce tempo, pas du tout rock n'roll, cette mélodie cassante et très blues en substance veut tout de suite nous faire prendre au sérieux ce récit, cette complainte.

Elle revient toujours en boucle. Elle bute avec les mêmes mots, veut nous convaincre ou plutôt veut extraire cette douleur. Car il le sait, et nous le savons tous.

 

Je ne suis pas une île nous dit-il.

Et je perds la tête. Je perds mes repères, mes convictions, mon assurance. Je perds tout et je reviens toujours sur ce constat. Je le crie toujours plus fort. J'ai cette rage en moi qui ne veut pas sortir.

 

Maltraité.

Abusé.

Confus.

 

Esseulé.

Et il apprend alors qu'il n'avait jamais été seul. Délaissé, il le comprend.

Maltraité.

Abusé.

Confus.

La plainte s'intensifie. Glenn Hughes arrive en appui à la voix et transperce dans un final apocalyptique, cette danse de derviche fou, sur soi-même, sur ses idées et déchirures.

 

Et puis plus rien ?

 

Si.

Deux notes et un coup de masse sur les fûts.

Maltraité.

Deux notes et un coup de masse sur les fûts.

Je perds l'esprit.

Je le perds.

 

Et la conclusion ?

Il n'y en a pas. Nous ne sommes pas Ibiza et c'est pour cela que nous y allons. Pour oublier qu'il n'y a pas de fin, pas de happy end.

 

Par Croon - Publié dans : Aux origines
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Vendredi 4 juillet 2008 5 04 /07 /Juil /2008 13:09
Connaissez-vous Manowar ?



Ah, oui un groupe de hard rock musclé, huilé, tout de cuir et de fausse fourrure vêtu comme au bon vieux temps des années 80. Pas les meilleures années celles-là. Une caricature !
Voilà votre réponse.

Je hurlerais alors : "C'est faux ! Vous avez oublié les magnifiques épées qu'ils brandissent". Tout tremblant d'émotion et de partialité que je suis.

L'idée n'est pas d'entamer un procès d'intention au bon goût, à l'apparence, à la différence affichée mais toujours de dépasser ces préjugés et de s'intéresser au pourquoi. Comme le fait le formidable documentaire sociologique "Metal : dans la tête d'un headbanger".

Pourquoi avons-nous ces chansons en tête ? Pourquoi pouvons-nous trouver du réconfort ou toute autre émotion dans cette musique ? Pourquoi nous parle-t-elle et pourquoi nous y retrouvons-nous ? Pourquoi moi-même ne pourrais-je avoir aussi d'épée fabuleuse ?


Sur le premier album du groupe, Battle Hymns, Metal Daze  donne des réponses certaines et simples.

La chanson Manowar précise qui sont les protagonistes.
Et finalement, la chanson éponyme, Battle Hymn, dernière de l'album transcende le reste :


A tout moment, cette chanson nous livre le sens de chaque jour. Dans la rue (encore). En partant au travail où l'on se demande, encore plus qu'à un autre moment, ce que l'on fait vraiment là.
Dans l'adversité. Dans le désespoir. Dans l'inquiétude de ne pas trouver de réponse.


Cela commence sur quelques notes qui laissent ces interrogations.
Et ensuite, comment cela doit-il être ?
Epique. Juste épique.


Nous sommes 10 000 aujourd'hui à partir au combat. Sur un hymne de guerre. Tous dirigés vers le même but. Pour la même cause. Tous unis. Nous avons cette force.


Le temps de l'affrontement est venu. Et nous sommes présents. Nous ne partons pas vainqueur. Et c'est dans cette bataille que nous devons nous révéler. En être fier pour se lancer à l'assaut du monde.
Tuer.
Vaincre.
Et tuer.
Ces ennemis. Ses démons.


Un break. A cette cavalcade épique. A cette marche forcée qui nourrit de force et de courage.
Une respiration poétique. Quelques instants contemplatifs. Comprendre la difficulté du chemin emprunté. D'étranges pertes au cours de cette lutte. Des morts. Subies. Source de souffrance. Notre famille. Nos amis.
Des pertes de repères. De l'espace. Du temps.
Vouloir comprendre plus dans cet arrêt... Avant d'attraper le vent. L'élément de la vie et du mouvement. Et repartir. (déjà ?)


Dans un tremblement de tambours. Dans un cri déchirant. Dans une spirale de notes de guitares. Un vortex. Un œil de cyclone qui nous aspire et nous soulève. Nous ramène au combat quotidien. De devoir tuer. Sans regret. Pour la même cause.


Mais nous ne sommes pas seuls.
Nous sommes 10 000 aujourd'hui à partir au combat. Sur un hymne de guerre. Tous dirigés vers le même but. Pour la même cause. Tous unis. Avec des amis. D'autres combattants, des warriors. Side by side.


Nous avons cette force. Et cette chance.

Par Croon - Publié dans : Metal way of life
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Mardi 1 juillet 2008 2 01 /07 /Juil /2008 13:01
Cela commence comme une journée.



Une routine, un riff circulaire,

Des avertissements. Un coup de batterie nous arrache de ce qui aurait pu finalement nous assoupir.
Une basse qui lutte et ronfle.

Un cri, une voix, une vie. Un éveil.

Partir au travail avec cette chanson dans la tête, l'entendre se dérouler ainsi. Et partir dès le premier refrain en une joute sensuelle, une fusion du corps Bonham-Jones-Page et des cris de Plant.

Souvent, dans une discussion, dans une relation, qu'elle soit amicale ou professionnelle, deux individus se confrontent et pour se comprendre s'accordent, s'entendent, s'amplifient si tout va bien ou larcennent et split.

Led Zep nous parle et nous met toute de suite en résonance. Et dans cette chanson peut être encore plus. Elle fait appel au sensoriel et à la lascivité charnelle et spirituelle les plus totale.

A l'époque, en plein essor du Pouvoir des Fleurs, de l'appel à l'amour, cet hymne temporel aurait pu s'éteindre avec sa mouvance hippie.
Et pourtant, elle continue de vibrer. Mélodiquement mais aussi par son discours : un discours d'amour total, primaire. Un texte finalement très direct. Je veux tout cet amour. Tout l'Amour.

Pour notre monde actuel cynique et désabusé, quelle absurdité finalement.
Et paradoxalement, si le quotidien jetable, la robotique cérébrale de relations codifiées ont créé une artificialité absorbante : rassurante contre l'effroi de la différence extérieure, avec ce son, la révolte sonne.

Whole Lotta Love, les deux pieds martelant le sol. Créer son rythme. S'adapter à celui du Zeppelin.

Cette chanson nous dit-on est largement "influencée" ou copiée sur le "You need Love" de Willie Dixon. Mais finalement peu importe de savoir s'il y a plagiat ou pas.
Car la découvrir, c'est se remémorer un sentiment familier : une relecture du passé, qui nous parle. Ancrée dans le blues définitivement. Avec ses multiples dérivations et improvisations en live du morceau qui nous fait revenir aux classiques de la musique rock et noire américaine.

Jimmy Page, qui côtoyait le mage noir Crowley à l'époque, effectue ici quelques moulinets d'alchimie. Plant chamanise alors l'essence même de cet appel à l'amour pour le transcender. Et il nous conduit à échapper à la rythmique tellurique, à la chaleur de ce pas saccadé, de ce quotidien, de cet enfer urbain dans lequel nous marchons lorsque nous l'écoutons s'étirer et se distendre sur notre chemin.

Pas de voie de traverse, arrivée au boulot.

Mais est-ce que cette folle parenthèse doit s'arrêter aux portes de l'ascenseur ?
Est-ce que le backdoor man du dernier couplet qui voudrait nous accompagner plus loin ne peut lui aussi franchir le seuil. Voilà une question que je ne me posais même pas avant.

Voilà l'interrogation qui doit surgir et ne doit pas être refroidie.

C'est l'histoire d'une vie, de toute vie où chaque jour une chanson trotte dans la tête. Des Ally Mc Beal en puissance. Pour éviter de les ressasser sans cesse en son for intérieur, disait le roi Arthur, il faut les chanter.

Je veux ici les crier.
Par Croon - Publié dans : Aux origines
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires

Présentation

Liens

Calendrier

Juin 2012
L M M J V S D
        1 2 3
4 5 6 7 8 9 10
11 12 13 14 15 16 17
18 19 20 21 22 23 24
25 26 27 28 29 30  
<< < > >>

Recherche

Créer un Blog

Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus