Blaze Bayley. Qui est-il, demanderait n’importe qui ?
Le troisième chanteur d'Iron Maiden, précédent chanteur de Wolfsbane et officiant actuellement dans un groupe au doux et subtil nom de Blaze. Voilà ce qui serait répondre n’importe quoi.
Car il n’est pas que cela. Il est un chanteur qui a voulu exister après avoir connu la gloire, le zénith, le firmament, l’olympe de la musique.
Il a été désavoué pourtant. Mais il a choisi d’être lui ensuite. Juste lui. De le redevenir.
Pourquoi l’avoir choisi en particulier ? Pourquoi lui, alors qu’ils sont si nombreux à avoir été récupérés par un grand nom de groupe, à avoir fait sa fortune et sa renommée (plus ou moins). Tout cela pour ensuite être délaissé par celui qui voulait retrouver le doux parfum évanescent d’un succès passé et quelque peu fané.
Pourquoi pas Ripper Owens (doublement même) ? Pourquoi pas John Bush ? Pourquoi pas n’importe quel chanteur d’Annihilator ??
Parce que Blaze est celui qui n’a pas voulu mourir, alors que c’était à sa portée, si bas tombé. Parce qu’il n’a pas voulu se laisser abattre alors qu’il a été jeté en pleine écriture d’album. Celui-là qui a continué en roue libre sur sa lancée aveugle sans comprendre ce qui lui arrivait tout enivré qu’il restait. Celui qui s’est alors réveillé dans le caniveau d’une favela brésilienne un beau matin sans savoir ce qu’il faisait là. Sans savoir. Il a choisi de devenir alors celui qui ne veut pas mourir.
A tous ceux qui ont connu des frustrations, des déceptions, qui ont cherché la force, elle vous est ici livrée brute, écorchée, criée. Cliquez dessous et captons cette énergie.
Aucune introduction. Un premier titre d’album qui déballe le matos à même le sol : un riff semblable à de larges battoirs secouant la poussière de ce tapis dessous, trop mou, trop vieux.
Et une ligne vocale qui interrompt aussitôt le tout. Un chant, un hélèment qui arrête l’attention de tous les badauds badins et ramasse en un souffle pourquoi il est là et nous apostrophe ainsi :
J’étais celui qui avait la corde au cou
Celui qui s’était emporté dans un tourbillon de rêves et chimères.
Ceux qui désormais me choquent.
J’étais le pendu
et je veux retrouver mon souffle
Je veux revivre et reprendre les choses en main. Simplement dit. Pas si simple à faire.
Comment me direz-vous ?
Certains choisissent de danser comme ces pendus pour retrouver la trace de leur bourreau, mais le nœud se resserre. D’autres choisissent la non violence d’un masque sans visage et sans encoches pour voir, pour comprendre et affronter l’essentiel.
Mais.
Il y a celui qui se redresse.
Maudit par la vie, semblait-il. Toujours condamné à retomber dans les mêmes schémas, quoi qu’il tente, quoiqu’il vive de pourtant exceptionnel.
Cette malédiction qui semblait toujours revenir à lui rampante. S’accrochait à ses chevilles pour le faire tomber à genoux, à terre. Sur ce vieux tapis poussiéreux.
Il faut alors lui assener des coups de battoir. Et lui répéter :
I am the man who would not die.
Un mantra. Un ordre donné à soi-même.
Pour ne pas se laisser aller à la déchéance. Pour éviter les tourbillons cyclopiques.
Je suis celui qui ne veut pas se laisser aller.
Je suis celui qui choisira son chemin.
C’est l’hymne à la foi. Foi dans cette musique. Foi dans LA musique.
Dans l’énergie qu’elle nous transmet. Dans ce que nous pouvons accomplir grâce à elle. D’une certaine manière elle est la voie du salut.
Blaze conclut sur le même ton que son introduction. Il a fait sa démonstration. A terminé ses 4’37 d’œuvre. Une dernière fois avec plus de poids, moins de fraîcheur, plus d’intensité, de lenteur. Il prêche, transmet et gicle cette énergie ? La délivre et s’en délivre pour nous la communiquer toute entière.
Nous avons connu la chute. Nous nous relevons avec lui, arrachons ce flambeau de vie qu’il nous tend, l’approchons de notre visage pour découvrir un rictus carnassier et le reflet de cette flamme dans notre œil électrique.
Je suis celui qui ne veut pas mourir. Et je compte bien vous le prouver.